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We Happy Few

Jouer gros

Par Myriam Kessiby / July 26, 2018 / Publié dans : Succès canadiens

Une petite équipe de passionnés crée un jeu vidéo d’envergure, rivalisant avec ceux des plus grandes multinationales de l’industrie. Comment est-ce possible? Rencontré dans les studios de Compulsion Games à Montréal, le directeur de création Guillaume Provost raconte la genèse de leur toute dernière création : We Happy Few.


Design de personnages (Image de Compulsion Games)


Cauchemar envoûtant

De 1984 de George Orwell jusqu’à Hunger Games de Suzanne Collins, les univers dystopiques et angoissants ont toujours fasciné le public. Depuis presque 5 ans, l’équipe de Compulsion Games travaille très fort à développer leur propre version d’un monde parallèle à la fois terrifiant et captivant. Ce récit sera bientôt offert pour les fans du genre, non pas sous forme de roman, de film ou de série télévisuelle, mais plutôt sous forme de jeu vidéo : We Happy Few


Réunion de création (Photo par Clara Pougeard)

Le jeu se déroule dans une Angleterre alternative des années 60, où la population est maintenue dans un état de bonheur artificiel par une drogue appelée Joy. Un peu comme dans les romans dystopiques Nous autres d’Ievgueni Zamiatine et Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, la dictature en place contrôle le peuple en supprimant leurs libertés individuelles et en leur donnant une illusion de joie perpétuelle. Guillaume Provost explique : « C’est un jeu d’action et d’aventure où il y a des éléments de survie. Le personnage principal démarre le jeu en faisant partie du système en place, mais il décroche rapidement de la drogue, comprend ce qui se passe et veut fuir. À mesure que le joueur passe à travers les histoires de ce premier personnage, il découvre les différents groupes de la population, les éléments qui constituent son environnement, l’historique du monde dans lequel il est, et pourquoi l’Angleterre est différente. On voit rapidement comment la Joy fait oublier la violence, la faim et la dureté de la réalité. »


L'équipe de Compulsion Games (Photo par Clara Pougeard)

Le concept à lui seul a de quoi susciter l’intérêt. En effet, bien que sa sortie officielle en Xbox One, Playstation 4 et PC soit prévue pour le 10 août prochain, le jeu connaît déjà un succès marqué parmi la communauté de joueurs qui l’attendent avec impatience. Mais comment Guillaume Provost et son équipe sont-ils parvenus à créer un tel engouement autour d’une idée avant même qu’elle se concrétise?


Addiction croissante 

Après avoir lancé Contrast, leur premier projet inspiré des films noirs américains, la petite équipe de Compulsion Games s’est réunie pour créer un nouveau jeu. Guillaume Provost ainsi que la directrice artistique Whitney Clayton et le directeur narratif Alex Epstein ont donc pris quelques mois pour façonner un monde dystopique et réfléchir à la technologie nécessaire pour le créer. Rapidement, le projet a décollé, comme l’explique Guillaume : « On est allé présenter le concept à l’exposition PAX dédiée aux jeux vidéo et le public a aussitôt été accroché. Les gens aimaient l’univers qu’on avait créé. Ils voulaient le découvrir et en savoir plus sur l’histoire et les personnages. »  Un beau problème pour l’équipe puisque l’engouement était manifestement présent, mais développer une trame narrative élaborée pour un jeu nécessite beaucoup de ressources : « Le public était excité par l’histoire de notre jeu, mais on n’avait ni le budget ni l’équipe pour la développer. » 


Un programmeur au travail (Photo par Clara Pougeard)

Pour tester l’idée et l’améliorer, le jeu donc a été offert en accès anticipé très tôt dans le processus de développement. Cette façon de procéder a permis aux joueurs intéressés de donner leur avis et ainsi contribuer à façonner l’expérience de jeu, comme le rappelle le directeur de création : « On a travaillé avec une communauté de plus de 200 000 joueurs, qui se sont procuré une version du jeu en early access et avec lesquels on a travaillé pendant un an et demi. Ça nous a fourni des outils d’étude à grande échelle auxquels une petite entreprise comme la nôtre n’a habituellement pas accès ». Ces commentaires des testeurs, combinés à une campagne de financement participatif réussie, ont permis de faire grandement évoluer le projet : « Le public s’est impliqué et a démontré qu’il était intéressé. Outre le côté créatif, il a fallu reconnaître que le jeu avait un réel potentiel de succès et préparer toute la machine derrière pour soutenir son lancement. À la sortie de We Happy Few, cet été, notre budget sera presque dix fois plus élevé qu’au moment où on a démarré. Quand on a commencé, on était six. Aujourd’hui, on est une quarantaine. » 


Une artiste dans l'action (Photo par Clara Pougeard)


Sortir le grand jeu

L’emballement ne s’est pas arrêté là. Au beau milieu de la campagne de financement participatif, Microsoft a démontré un intérêt en offrant son soutien pour la sortie du jeu sur la console XBox. À ce moment, en 2016, l’équipe de Compulsion Games prévoit retourner au salon PAX à Boston pour en mettre plein la vue. « On n’avait pas beaucoup d’argent pour faire du marketing, mais on a décidé de s’offrir un grand kiosque bien décoré pour présenter notre jeu et son histoire. Notre kiosque était 6 fois plus grand que les kiosques standards. » Parallèlement, l’équipe de Microsoft propose à Compulsion Games de leur offrir de la visibilité à l’E3, l’Electronic Entertainment Expo : « Chaque année, une des plus grosses conférences au monde dans le domaine est celle de Microsoft à l’E3. Des millions de personnes suivent l’événement. Microsoft nous a offert cinq minutes sur scène pour présenter We Happy Few. Cette année-là, on était le seul studio indépendant à avoir une présentation sur scène. Et à partir de ce moment, tout a changé. » En effet, la popularité du jeu a continué de croitre en même temps que l’équipe de Guillaume. Et en juin 2018, Compulsion Games a officiellement joint les rangs de Microsoft Studios, ce qui leur permettra de produire des jeux encore plus élaborés à l’avenir. 


Guillaume Provost, PDG et Directeur de Création (Photo par Matthew Cope)

Ainsi, grâce à la vision, l’ambition et travail d’une équipe passionnée, ce qui devait être un petit jeu au départ est devenu un projet majeur de son industrie au Canada et à l’étranger. Guillaume Provost et son équipe peuvent continuer de célébrer leur succès. Après tout, contrairement aux personnages de leur jeu, leur joie est bien réelle. 

La sortie officielle du jeu vidéo We Happy Few est prévue pour le 10 août 2018 sur PS4, Xbox One et PC. Vous pouvez aussi suivre Compulsion Games sur Twitter et Facebook.